Histoire

Marguerite de Bourgogne

Née vers 1248, Marguerite, petite fille du duc de Bourgogne, est élevée à l’abbaye de Fontevrault où elle reçoit une éducation digne des princesses de sang royal. En 1268, dans sa 20e année, sa réputation de femme intelligente et pieuse traverse les frontières du royaume et lui vaut d’être courtisée par de nombreux princes européens.
C’est finalement à Charles d’Anjou, frère du roi de France Louis IX, et tout fraîchement nommé roi de Naples et de Sicile, qu’elle accorde ses faveurs. Le mariage est célébré à Trani (Pouilles) en octobre 1268.
Jusqu’à la mort de son mari, en janvier 1285, Marguerite vivra en Italie dans une des cours les plus resplendissantes du monde occidental.

 

 L’Hôtel-Dieu de Tonnerre

Après avoir fait dressé un magnifique tombeau de marbre pour son mari, à Naples, plus rien ne retient Marguerite en Italie. Elle retourne en France, et choisit de s’installer dans le Comté de Tonnerre, reçu en héritage par sa mère quelques années plus tôt.

Les années passent et Marguerite de Bourgogne est habitée par l’idée de plus en plus forte de construire un établissement à vocation charitable dans sa ville de Tonnerre. En 1292, elle rédige une charte de fondation qui instaure les règles du futur Hôtel-Dieu de Tonnerre.
L’établissement sera construit le long du bief de l’Armançon, sur une zone marécageuse, asséchée pour l’occasion, appelée Les Fontenilles. On y exercera les Sept Œuvres de Miséricorde, et les soins des malades seront confié à 12 religieuses.
En 1295, peu après Pâques, l’hôpital Notre-Dame des Fontenilles est fini et peut accueillir les premiers « nécessiteux ».

 

La Salle des Malades de Tonnerre a des dimensions colossales : 100 m de long, 18 m de largeur et 18 m du sol à la voûte. La toiture, lui donnant l’aspect d’un vaisseau renversé, a une surface de près de 5000 m², faisant de ce bâtiment médiéval un des plus grands d’Europe. Malgré cette surface impressionnante, la Salle ne contient qu’une quarantaine d’alcôves. Jusqu’à sa mort, Marguerite de Bourgogne s’investit de tout son cœur dans sa fondation. Au même titre que les religieuses, elle passe ses journées auprès des malades ; elle les soigne, prie pour eux, et fait quelques travaux de coutures.

Elle meurt le 4 septembre 1308, et, conformément à ses vœux, est enterrée dans le chœur de la Salle des Malades.

 

Construction de nouvelles salles de malades (1642)

Cette Salle des Malades, malgré sa prouesse architecturale, présente rapidement de graves lacunes au niveau du confort et de l’hygiène. N’étant pas équipée de cheminées, l’air est constamment humide et glacial en hiver. On se sert de braseros mobiles pour réchauffer au mieux les pauvres malades, mais ils enfument plus les lieux qu’ils ne chauffent réellement.
Durant le 16e siècle, pour tenter de résoudre le problème de l’humidité, on rehausse le carrelage de la salle d’une vingtaine de centimètres.
Mais il faut se rendre à l’évidence : la salle n’est plus utilisable et la médecine, qui sort de sa léthargie médiévale, impose de nouvelles constructions.
En 1642, de nouveaux bâtiments sont construits le long de la rue de l’hôpital, sur l’actuelle place Marguerite de Bourgogne. Ils hébergent deux salles de malades, possédant chacune des cheminées, où sont alités les hommes d’un côté, et les femmes de l’autre. Il y a même des pièces qui sont réservées aux malades contagieux.
A peu près à cette même période, un médecin, un chirurgien et un apothicaire deviennent salariés de l’hôpital.

La Salle des Malades d’origine est définitivement abandonnée. Elle sera utilisée tout de même jusqu’à la fin du 18e siècle, comme cimetière couvert dans lequel les bourgeois de Tonnerre viendront se faire inhumer. L’hôpital en tire même un revenu : suivant la taille du corps, le prix de la levée de carreaux varie…

 

L’hospice civil de Tonnerre (19e siècle)

Ces bâtiments de 1642, pour une capacité de 50 lits environ, atteignent vite leurs limites. Cela fait près de 200 ans qu’ils sont utilisés et ils ne peuvent plus s’adapter aux contraintes modernes de la médecine et du confort nécessaire aux malades.
La rue de l’hôpital, principale artère commerçante de la ville est très bruyante. Certains malades profitent parfois des fenêtres donnant sur cette rue pour s’approvisionner en aliments ou boissons qui leurs sont interdits.
Les lieux sont étroits et les cours resserrées, empêchant l’air de circuler.
Enfin, durant les 20 ans qu’a duré la Révolution, les bâtiments, faute de moyens financiers, n’ont pu être entretenus comme ils le devaient. Ils sont décrépis, abîmés, rafistolés et menacent de ruine par endroit.

Depuis les années 1830, l’administration de l’hôpital désire construire un nouvel hôpital. Plusieurs projets sont évoqués : réhabiliter et rénover les bâtiments existants, réutiliser la salle médiévale, raser tous les bâtiments du 17e siècle et les remplacer par un bâtiment plus pratique et plus moderne, ou construire ce nouveau bâtiment plus en retrait de la ville, au calme.
C’est finalement cette dernière idée qui remporte l’adhésion de la Commission Administrative, mais quelques événements retardent son exécution : les révolutions de 1830 et 1848, la dernière grande disette qui frappe le Tonnerrois en 1847, et enfin l’épidémie de choléra de 1849.

Le nouvel Hospice Civil de Tonnerre est inauguré en 1851, mais il faudra attendre 1855 pour que tous les travaux soient terminés. L’établissement est fonctionnel, aéré, calme et bénéficie d’un système de chauffage central. Il a la forme d’un C : puisque les finances manquaient pour lui donner la forme initiale d’un H. Qu’à cela ne tienne, les ailes Nord et Sud seront prolongées plus tard, quand les emprunts seront soldés.

 

Le pavillon de chirurgie (1905)

Finalement, ces travaux ne seront jamais entrepris, l’établissement fonctionnant parfaitement en l’état.
En 1905, on accole à l’aile Sud un Pavillon de Chirurgie : l’hôpital de Tonnerre se dote d’un bloc opératoire de toute modernité.

Mais une fois encore, les besoins des malades et l’architecture du bâtiment utilisé ne correspondent plus. Les lieux sont pleins. Personnel administratif, malades, vieillards, personnel soignant et personnel d’entretien se croisent tout le temps, et cohabitent tant bien que mal.

Les deux guerres mondiales ont entrainés de grands bouleversements dans l’histoire de la médecine et la population susceptible d’être soignée à Tonnerre s’accroit au fil des décennies (fermeture des hospices, souvent vétustes, des bourgs ou des petites villes, boom des naissances…). Il est urgent de construire de nouveaux bâtiments.

  

Le Centre Hospitalier (1968-1986)

Sur les terres du Grand Marais et du Grand Pré, reçues en héritage de Marguerite de Bourgogne, une vaste campagne de constructions hospitalières s’étale entre 1968 et 1986 :
- Résidence des Fontenilles (1959-1960) et prolongée en 1986
- Maternité (1968)
- Bâtiment Jacques Miginiac (1970-1972)
- Bâtiment Pompidou (1970-1971)
- Résidence Jean-Louis BOUCHEZ (1976)
- Résidence Jacques SUISSE (1986)

Le Nouveau Centre Hospitalier maîtrise à la perfection le compromis entre modernité et confort d’une part et espace de l’autre. Les bâtiments sont disséminés dans un parc de verdure apportant un calme bienvenu et nécessaire aux malades séjournant dans les lieux.

En cela, il faut remercier l’esprit éclairé et visionnaire de Marguerite de Bourgogne, qui, en léguant les terres périphériques à sa fondation, lui assurant ainsi une ceinture de protection, a aussi permis à celle-ci de s’étendre.au cours des siècles. Ce qui donne à l’hôpital de Tonnerre ce profil atypique et détonnant où plusieurs générations d’architectures hospitalières se côtoient sur un même site.

 


Le musée hospitalier

Depuis 1992 et les festivités des 700 ans de la fondation de l’Hôtel-Dieu, un musée hospitalier a été créé afin de mettre en lumière la richesse du patrimoine artistique de l’hôpital de Tonnerre.
L’histoire de l’établissement est esquissée par différents thèmes (objets religieux, archives administratives, reconstitution du bloc opératoire, d’une chambre de malade) dont la pièce maîtresse est sans conteste la Charte de Fondation de Marguerite de Bourgogne (1293).

 

Les archives historiques

Il est a noté que l’hôpital de Tonnerre présente une autre spécificité patrimoniale, en plus de celle d’avoir conservé son bâtiment d’origine, qui est celle de posséder l’intégralité de ses archives historiques.
Depuis 1293 jusqu’ à nos jours, malgré les guerres, les invasions et les outrages du temps, toutes les archives ont été conservées.
On y trouve :
- Les comptes de l’établissement depuis 1330 jusqu’à nos jours, en continu.
- Tous les justificatifs qui concernent le domaine foncier, depuis 1289 (actes de donation, actes d’acquisition, vente, baux, legs…)
- Les archives de la communauté religieuse : vœux des chapelains et des religieuses, inventaires après décès, procès verbaux de discipline intérieure, actes capitulaires
- Les archives médicales : registres des « visitacions » des malades par les médecins, recettes de pharmacie, listes nominatives des malades de l’Hôtel-Dieu…
- Les archives administratives : registres de délibérations de la Commission Administratives (1729-1962), les registres de courriers, les appointements du personnel, les différents règlements…